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  MOTIFS DES CONSULTATIONS ET SPÉCIFICITÉ DU TRAVAIL DES PSYCHOLOGUES



Les étudiants viennent nous consulter parce que ça ne va pas.

« Ca ne va pas », « je ne peux plus continuer ainsi », ou « il y a quelque chose, je ne sais pas ce que c’est ».

Parfois cela peut se limiter à ça, ces simples constatations, avec une grande difficulté à penser, à nommer ce dont il s’agit.

Certains, même, constatent que tout va très bien dans leur vie, ils réussissent dans tous les domaines, études, vie amicale et amoureuse, sauf que c’est comme mécanique, ils ne s’y reconnaissent pas et ont envie de se jeter par la fenêtre.

D’autres nous parlent de leurs difficultés à étudier, alors qu’ils sont à l’université pour ça. Certains mettent en avant la difficulté à faire face à la pression de leurs parents, ou au contraire celle de vivre sans eux, ou qu’ils n’arrivent pas à se relever d’un échec amoureux ou amical, ou d’une simple tentative de relation sociale, c’est la relation aux autres qui tourne mal.

Ou bien ils parlent directement de diverses manifestations qui leur arrivent et qu’ils ne trouvent pas normales, c’est le symptôme personnel qui est mis en avant, avec ce qu’il comporte d’angoissant : quelque chose d’intime et incontrôlable à la fois, comme un gouffre qui se présente, et il devient difficile de simplement ne pas y penser comme ils le faisaient avant, de peur d’être anormaux. Certains symptômes viennent d’apparaître, mais souvent il s’agit de manifestations anciennes qui se sont accentuées.

Parfois c’est un ami ou un professionnel, enseignant, administratif, infirmière, assistante sociale ou médecin, qui leur a fait remarquer que cela concerne la dimension psychologique et qu’il y a des spécialistes pour ça.

Du fait que nous travaillons dans un service de prévention, lié à leur lieu d’études, nous avons affaire à certaines demandes qui en sont à peine, qui ne seraient jamais allées jusqu’à un service de soins, c’est-à-dire à des individus qui arrivent poussés par un autre, mais pas convaincus d’avoir décidé de le faire. Sauf que quelque chose les a tout de même fait venir, lié au pouvoir ou au savoir qu’ils supposent à ce professionnel, ou à l’idée que cet ami qui leur a dit de venir les connaît mieux que les autres. Alors, peut-être que ces manifestations qu’on pensait purement physiques, comme un assèchement de la gorge, ou le cœur qui s’emballe, ou ces crises de tétanie, ou ces comportements si habituels, renvoient à quelque chose qui les concerne plus qu’ils ne l’espéraient.

Il faut dire que beaucoup d’entre eux sont à l’âge où l’accès à la majorité est censé leur faire quitter la protection parentale et mettre en jeu ce qu’ils sont, pour se réaliser comme adultes. Tout ce qui leur a été transmis et ce qu’ils en ont fait donne pour résultat ce qu’ils vivent à ce moment, à assumer en leur nom propre, puisqu’ils sont majeurs et responsables légalement. Et cela passe par les idées qu’ils ont d’eux-mêmes, des autres et du monde, idées qu’ils ont eues lorsqu’ils étaient enfants, pleines de leurs espoirs de faire mieux que les parents, et qui se heurtent maintenant à un réel dont ils doivent départager ce qui en est modifiable ou pas, et la part qui leur revient dans ce qui arrive.

Ces demandes renvoient à tous les types de pathologies ou de problématiques, avec une fréquence moindre de celles qui rendent impossibles les études.

Les étudiants nous parlent de sentiment d’inexistence ou d’infériorité, de solitude, d’absence d’avenir, de pensées aberrantes qui s’imposent, de sexualité difficile, de problèmes liés à l’appartenance religieuse ou sociale, et de ce qui peut être nommé angoisse, inhibition, dépression, phobie, délire, trouble de l’alimentation, handicap, addiction, et présence répétitive d’un passé traumatique : les abus sexuels, les mauvais traitements, les accidents, les décès…

Toute la pathologie, névrotique, psychotique ou autre peut se présenter. Ils ne parlent pas forcément de conséquences que cela a sur leurs études, mais c’est le sens même de ces études qui peut être invalidé par leurs symptômes. Pourquoi réussir si c’est pour mener ensuite une vie de souffrance ou, dans le meilleur des cas, très inférieure à ce qu’ils espéreraient ?

Ils viennent donc nous voir parce qu’il y a proposition de rencontrer des psychologues, dans un service censé proposer un savoir bénéfique et efficace pour les aider à aller mieux. Cette idée, en soi, provoque des réactions, du fait même qu’elle évoque la place des parents, censés savoir le bien de l’enfant. Cela suscite souvent la crainte de l’infantilisme, de ne pas être capable de se débrouiller seul, à l’âge où l’on voudrait démontrer que si. D’où des résistances.

Mais il est considéré de plus en plus comme normal de consulter un psychologue. Car nous ne sommes pas seulement associés à l’idée de traitement, mais aussi à l’idée de dialogue, de possibilité de réfléchir à soi-même. C’est cela qui nous permet de travailler dans un service de prévention. Ils ne viennent pas forcément pour un traitement, ils viennent pour parler et penser quelque chose qu’ils n’ont pas encore pensé, qui leur permettra d’aller mieux. Et ils peuvent en rester là, faire le point pour savoir mieux quoi penser, dans un service qui s’est arrangé pour être le plus accessible possible.

Il y avait un projet initial du service, où les psychologues devaient avoir surtout une fonction d’orientation vers d’autres lieux, mais nous avons dû faire trois constatations :

  • Premièrement tous les étudiants qui pourraient en bénéficier ne vont pas dans nos services de prévention. D’autres ne vont dans aucun service et d’autres vont directement dans des lieux de soin et des services extérieurs à l’université, comme les B.A.P.U.
  • Deuxièmement, certains ne peuvent faire une démarche que dans nos services, pour des raisons variées mais assez décisives pour que ce soit ça ou rien. D’autres pourront être orientés, mais il ne suffit pas qu’ils disent l’accepter pour qu’ils le fassent. L’expérience nous a même montré que vouloir les orienter a priori les décourage de l’idée que les psychologues puissent entendre quelque chose à ce qui les motive. Et la difficulté actuelle à être reçu rapidement dans un service extérieur accentue la pression pour que le travail se fasse avec nous.
  • Troisièmement, les services de soins se retrouvent à faire de la prévention et les services de prévention du soin. Ce n’est pas un hasard, c’est que les deux sont liés, et pas seulement pour les étudiants : arriver à dire quelque chose de juste de ses symptômes a des effets thérapeutiques et des effets de prévention.

Toute la spécificité de notre travail, lors des consultations tient à ce que nous avons une population qui s’adresse à ce service là, d’accès aisé, lié à leur lieu d’études. Cela ne donne pas une orientation du travail fondamentalement différente de celle des services de soin, puisque les problèmes des étudiants et leurs demandes sont semblables. Par contre, puisque nous voyons beaucoup d’étudiants qui n’iraient pas dans un service de soin ou dans un lieu extérieur à l’université, nous avons plus affaire à toute la pensée qui se présente comme celle de l’Autre, la pensée des parents et de la culture ou celle des psychologues, les idées toutes faites qui permettent à l’individu de se représenter ce qui lui arrive mais ne passent pas par le détour de ce qu’il est réellement, que lui seul peut dire.

Ce qu’il est réellement, ça se manifeste par ce qu’il pense, consciemment et inconsciemment, et par ce qu’il fait, volontairement ou quand ça lui échappe, ou par son inhibition à faire ce qu’il souhaite. Et la part de ce qu’il est mais qu’il trouve aberrant constitue ses symptômes. En parler, c’est reconnaître une existence qui angoisse. Alors, l’espoir qui permet d’en parler, c’est que celui à qui on s’adresse saura faire ou dire ce qu’il faut pour que ça disparaisse.

Pour certains, le seul fait d’avoir vérifié lors d’une consultation qu’il y a quelqu’un en qui ils ont confiance pour les aider suffit à calmer la spirale de leur angoisse. Certains même peuvent ne pas venir si quelqu’un en qui ils ont vraiment confiance leur assure que ce serait possible. Cela constitue un premier effet de prévention, une réassurance qui a un effet limité, bénéfique sur la dynamique des troubles, mais pas sur leur structure, comme n’importe quel savoir supposé bénéfique peut le faire. Tant qu’il y a une adresse, le sujet n’a pas besoin d’en savoir plus. C’est l’autre qui doit savoir et proposer ses services.

Dans notre société, les psy sont de plus en plus ceux appelés à remplir ces fonctions que les autres sociétés déléguaient à la magie et à la religion, lorsque l’éducation montrait ses limites.

C’est parce que nous vivons dans un monde très particulier, comme il n’en avait jamais existé. Nous avons une société qui ne croit vraiment qu’en la science, même si l’individu peut croire en tout autre chose. La science a permis de découvrir des choses extraordinaires dans le domaine de la matière, dont on se sert pour produire des objets et des modifications de la nature, et son efficace en ces matières donne un crédit incontesté à la vérité scientifique. Sur cette base, nous avons mis l’économie au principe du règlement des affaires sociales, et les humains, appréhendés dans leur universalité, sont déclarés libres et égaux devant les lois naturelles et humaines, mais sont aussi sommés de s’adapter à une machine sociale de plus en plus complexe et exigeante. Dans l’espoir que ce ne soit pas inhumain, nous promettons beaucoup, de faire la politique pour le bonheur de l’humanité, et même maintenant d’évaluer la santé à partir de l’idée d’un bien-être complet, sur tous les plans. Et dans ce monde qui promet beaucoup tout en mettant à mal les liens communautaires anciens, les psychologues sont appelés pour rétablir les liens de l’individu au corps social.

Cet aperçu des idées très particulières qui soutiennent l’existence de notre fonction dans notre société est mis en lumière par les étudiants qui viennent d’autres cultures, soit des étrangers qui viennent pour un temps d’études, soit des Français qui ont été éduqués par leurs parents d’origine étrangère.

Certains étudiants étrangers viennent pour des problèmes d’adaptation à la France, mais beaucoup viennent voir si peuvent être traités les problèmes dont ils ne pouvaient pas parler ou qu’ils n’ont pas résolus dans leur pays. Et au-delà de la possibilité d’en parler et d’être écoutés, se pose rapidement la question de ce qui permettra, à certains et pas à d’autres, de traiter leurs problèmes en abordant réellement leurs pensées intimes, celles dont l’éducation préconise le refoulement. Cela suppose de renoncer aux apparences que l’on soutient habituellement, et de questionner ce que l’on est vraiment, ce qui renvoie à questionner aussi les idéaux, les interdits et les modes de pensée transmis par la famille. S’autoriser à le faire rencontre des interdits plus ou moins importants. Le problème principal toutefois n’est pas tant celui de la différence des cultures, qui y prépare plus ou moins, mais plutôt celui de la confiance que l’on accorde à la société qui propose de faire ça, au psychologue que l’on rencontre et à la méthode qu’il emploie, car pour oser questionner les images idéalisées, il faut penser que la promesse d’aide sera tenue, que celui avec qui on fait ce travail est digne de confiance, et qu’il n’attaque pas ainsi les parents et leur culture.

La question se pose différemment avec les Français d’origine étrangère suivant leur intégration. Mais certains parlent plus facilement, si on y prête attention, de ce qui a toujours existé en France mais est refoulé, parce que dévalorisé dans notre civilisation, l’existence de la magie et de la religion pour traiter ces problèmes. Ils peuvent faire part plus facilement de leur hésitation entre nous consulter ou suivre des conseils basés sur la croyance, et parler des conflits provoqués par leur choix de traitement.

Mais c’est une hésitation qui ne concerne pas que les étrangers. Les explications en termes d’esprits, de forces, de voyance ou de fantômes, se banalisent dans nos médias, légitimant leur emploi pour certains. Elles ont ces caractéristiques d’attribuer ce qui affecte à l’action d’un autre être, plutôt que de se demander la part qui en revient au sujet, et aussi de laisser l’implication personnelle au praticien plutôt qu’au patient. D’où l’avantage d’y avoir recours.

Quant à la religion, elle recommande de trouver en Dieu la vérité cachée derrière la souffrance, et elle peut ainsi servir de prétexte à éviter de la rechercher en soi ou en donner des explications toutes faites.

Ces modes de pensée sont en conflit avec notre proposition d’aide, mais ils ne sont pas les seuls à pouvoir empêcher la recherche de ce que pense en vérité celui qui vient consulter. Notre société a ses propres mythes, qui façonnent nos évidences, nos structures mentales, et créent des idéaux rassurants, qui expliquent à leur façon et font échapper à l’angoisse.

L’idée de vérité scientifique même, si importante dans notre culture, produit des idéaux très différents de l’exercice scientifique réel, et qui consolident des pathologies : ainsi pour certains étudiants, généralement de ceux qui réussissent dans des études scientifiques, qui croient au mythe d’une objectivité sans reste, et y trouvent la confirmation de leur valeur. Ils n’acceptent de penser que suivant des formulations qui leur semblent objectives, car elles peuvent être approuvées par d’autres qu’eux-mêmes. Cela donne un refus de toute formulation personnelle, subjective justement, où les rêves sont bannis, oubliés d’office, où la parole, les actes et les symptômes doivent ne renvoyer à rien de personnel, et où les émotions ne s’expriment que par des jugements limités au bon ou mauvais, agréable ou désagréable. Les symptômes pour lesquels ils viennent consulter sont justement pour beaucoup la conséquence de ce traitement qu’ils opèrent sur leur propre pensée. Et ils recherchent auprès d’un psychologue la vision enfin objective dont ils attendent la cessation de leurs symptômes et aussi la confirmation de leurs idéaux.

Différents modes de pensée proposés par notre société peuvent parasiter les consultations avec un psychologue, en proposant des solutions simples mais leurrantes. Par exemple les discours psychologiques mis en scène dans les médias, où l’on parle de soi comme d’une machine dont il y aurait à modifier une pièce, par une réflexion volontaire. L’étudiant qui y croit attend alors du psychologue qu’il lui donne les outils pour le faire. Certaines formes de psychothérapie peuvent se glisser dans cette voie, où il s’agit de promouvoir des pensées et d’en expulser d’autres.

On peut avoir de grandes réserves sur le résultat des traitements où il s’agit d’arriver à ce que l’individu pense ce qui serait bon pour lui plutôt que de se confronter aux conséquences de ce qu’il croit vraiment. Mais ce n’est qu’en écoutant ce qu’il a à en dire que l’on peut l’aider à s’engager dans un traitement conforme à ses souhaits.

D’autant plus que des émissions ou des articles vantent directement des méthodes de psychothérapie en annonçant des effets extraordinaires.

Discuter avec l’étudiant pour voir dans quelle mesure ses pensées et ses symptômes témoignent de préoccupations compatibles ou incompatibles avec ces méthodes est une des fonctions de nos premiers entretiens. Cela lui permet de se repérer dans tout ce qui circule sur la psychologie, de mieux comprendre ce qui a éveillé son intérêt, et de reprendre rendez-vous, quand le résultat d’un traitement lui pose problème.

Après ces exemples de ce qui peut éviter à un étudiant de penser ce qu’il est à partir de ses symptômes, passons aux résultats de ces consultations.

Nous ne sommes heureusement pas maîtres de leur décision de consacrer du temps ou pas à la résolution de leurs troubles, mais notre tact et notre capacité à entendre sont clairement impliqués dans la confiance qu’ils ressentiront suivant ce qui se sera passé dans les entretiens. Moins nous les recevons, moins nous savons comment ils interprètent la situation, mais ce qu’ils en pensent sera d’autant plus puissant que cela restera inconscient, toujours refoulé par l’angoisse de ce qu’ils pourraient découvrir. Le motif même de leur venue peut rester refoulé si leurs craintes préalables leur ont semblé confirmées par l’entretien.

Pour certains les premiers entretiens avec nous seront le début d’une élaboration, qui prendra éventuellement le temps de plusieurs consultations de psy différents pour finir par une vraie démarche, pour d’autres l’expérience peut les dissuader d’en consulter un autre.

Quand l’étudiant est prêt à s’engager dans un travail thérapeutique ou psychanalytique, nous nous retrouvons dans la situation de n’importe quelle consultation de psychologie, dont le résultat dépend de ce que le psychologue sait des liens entre symptômes, plaintes, pensée et parole. Mais il faut apporter cette nuance que notre service par son nom et sa localisation évoque une limite qui correspond à ce que la plupart d’entre eux souhaitent. D’ailleurs l’idée de passer par la magie, la religion ou une autre méthode psychologique que celle employée peut coexister à la démarche entreprise, l’étudiant est simplement prêt à essayer ce qui lui est proposé.

La démarche aura un effet de prévention si elle permet au sujet de mieux appréhender ce qu’il pense sans en être conscient, puisque la division entre ce qu’il s’efforce de penser et ce qu’il croit être la vérité est source de symptômes.

Car il est notable que beaucoup d’entre eux veulent comprendre ce dont il s’agit dans ce qui les fait souffrir. Ils veulent comprendre pour pouvoir agir ensuite sans aide si quelque chose du même ordre revenait, mais aussi parce que leurs symptômes invalident le crédit qu’ils voudraient accorder à leurs pensées habituelles. Cette remise en cause de ce qu’ils pensaient savoir rejoint tout un monde dont il ne leur est pas possible de parler directement mais qui renvoie au plus intime, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent sans vouloir y penser, ce qui vient sans qu’ils veuillent en tirer seuls un savoir conscient. Ils espèrent que ce monde, dont le rêve et le fantasme donnent classiquement l’accès, leur donnerait la possibilité de ne plus se sentir divisés par leur symptôme et serait donc la clé des satisfactions qui leur échappent actuellement.

Je vais donner quelques explications des aspects thérapeutiques réels de ce qui se fait dans le service, en signalant, que ce n’est pas une réalité qui peut se juger de l’extérieur, suivant le nombre de séances : un nombre limité de séances peut donner des changements plus importants qu’une longue série de consultations.

Nous pouvons noter tout de même que globalement nous voyons bien plus d’étudiants sur un temps court, et qu’ils arrêtent pour des raisons diverses. Nous ne savons pas, dans certains cas, ce qu’ils en ont tiré, et certains semblent considérer que le temps des vacances signe l’arrêt normal de ce qu’ils ont souhaité en nous rencontrant.

Mais beaucoup d’entre eux témoignent de changements, quoiqu’ils puissent ne pas le remarquer quand ils ont oublié le premier objet de leur plainte. Les changements ne sont généralement pas radicaux, en termes d’organisation mentale, mais ce sont des positions nouvelles dans leur appréciation de ce qui les débordait : ce dont ils se plaignaient a disparu, diminué ou n’a plus la même importance, et ils sont plus prêts à agir suivant leurs souhaits. S’ils s’arrêtent là, c’est qu’ils espèrent pouvoir se réaliser et se sentir bien à travers les activités et les relations qui leur tiennent à cœur.

Le premier cas de figure qui permet que nos interventions aient des effets rapides est celui où ce dont ils se plaignent n’est pas un nœud de conflits psychiques devenus inconscients mais juste une conséquence d’un refus de penser, comme dans beaucoup de cas de difficultés à étudier ou de troubles du sommeil.

Le deuxième cas de figure est celui des symptômes relativement récents. A ce titre les difficultés à avoir de nouvelles relations avec leur famille, vu leur majorité, et beaucoup des difficultés à s’intégrer à leur nouveau milieu, à cause de sentiments de rejet envahissants, peuvent souvent se résoudre rapidement. Dans ces cas, généralement, les étudiants font plus pression sur le psychologue pour qu’il se manifeste comme adulte garant de normes sociales extérieures à la famille.

Un certain nombre d’entre eux arrêtent après avoir atteint un contenu inconscient qui leur permet de repérer, ensuite, ce qui produisait automatiquement une partie de ce dont ils se plaignaient : la signification que prenaient pour eux certaines situations, leur interprétation immédiate, leur comportement qui en découlait et les effets que cela suscitait chez les autres. Ce sentiment d’avoir cerné et échappé à quelque chose qu’ils produisaient sans s’en rendre compte libère une énergie manifeste.

Dans tous ces cas de figure, certains reviennent, qu’ils aient prévenu qu’ils arrêtaient ou qu’ils n’en aient rien dit. Notre inscription comme service de proximité permet des départs et des retours aisés. Je vais finir sur ce constat. Ces allers et retours sont une des expressions de cette spécificité créée par nos services : la possibilité de se constituer une mémoire de ce qu’ils ont dit, de ce qui leur aura été dit, et des effets sur eux de ces paroles. Ils peuvent ne pas aller trop loin, ne pas se penser malades, ne pas payer, réfléchir le moins possible à ce qu’impliquent leurs difficultés, et laisser la société ou un professionnel savoir pour eux ce dont il s’agit, l’essentiel étant que ce savoir existe.

Mais ils peuvent aussi parler et expérimenter s’ils sont vraiment entendus, dire des choses qu’ils trouvent folles ou inutiles et constater si c’est rejeté de manière blessante ou source de séduction, ou au contraire si cela éclaire l’intimité dont ils souffrent dans un sens qu’ils n’osaient plus espérer. Et choisir d’approfondir ce que cela implique, tout de suite, ou plus tard, ou ailleurs, si ce à quoi ils ont envie de croire ne suffit plus, et que la recherche de vérité ou le traitement mené à terme deviennent incontournables.






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Date de modification : 2007-06-21 16:55:49





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